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Analyse

Les gaz engendrés par la fermentation du lisier dans les fosses sont essentiellement l’hydrogène sulfuré (H2S), le dioxyde de carbone (CO2), le méthane (CH4) et l’ammoniac (NH3). Ces gaz se trouvent en solution avec le lisier et sont libérés en grandes quantités lors du brassage et du pompage. Le brassage de la fosse uniquement lors du pompage libère une quantité de gaz beaucoup plus importante que lors d’un brassage fréquent, chaque jour ou chaque deux jours.

Intoxication par le H2S
Les mesures de gaz effectuées sur l’exploitation démontrent clairement que l’H2S était la principale cause de l’accident. Ce gaz est un poison respiratoire violent. On le connaît par son odeur d’œufs pourris. Pourtant, à forte concentration, il a comme particularité d’inhiber les nerfs de l’odorat, ce qui le rend extrêmement dangereux. Il peut aller jusqu’à provoquer la mort instantanée. Il est donc faux de croire que l’on ne court aucun risque pour une courte durée à proximité d’une fosse. De hautes concentrations de H2S sont rapidement atteintes, ce qui implique de veiller sérieusement à l’application des mesures de prévention.

Plusieurs paramètres en cause

- Météo
Le jour de l’accident, la météo était clémente. A l’heure de l’accident, le soleil donnait sur les lanières plastiques. Ainsi, la température à l’intérieur du bâtiment a certainement été influencée. Même si les gaz de lisier sont légèrement plus lourds que l’air, les courants thermiques peuvent les déplacer en hauteur, ce qui engendre des risques d’intoxication encore plus importants.

- Conception du bâtiment et ventilateurs en panne
Le fait que le bâtiment des logettes soit en grande partie fermé et directement relié à la fosse à lisier, pose un problème de sécurité au niveau de l’évacuation des gaz de la fosse. Si habituellement, lors du brassage, les ventilateurs fonctionnaient, le passage des vaches n’était pas obstrué par un rideau plastique et la grille extérieure n’était pas recouverte d’un tapis en caoutchouc, ce n’était cependant pas le cas lors de l’accident.

- Intervention dans le bâtiment lors du brassage
L’intervention à proximité de la grille, lors du brassage, n’était elle non plus pas habituelle. Lors du brassage, il faut, dans la mesure du possible, ouvrir les portes, sortir les animaux et éviter d’intervenir dans le bâtiment.

- Détermination de la cause de l’accident
On constate qu’il est extrêmement difficile de déterminer que le gaz est en cause dans un accident, surtout dans une construction où le volume est important et qu’il ne s’agit pas d’un local de fermentation. Dans le cas de l’accident qui nous occupe, on s’aperçoit que ni les agriculteurs, ni les secours n’ont pensé à priori à l’implication du gaz. Ceci explique notamment le nombre de victimes.

- Nuage gazeux
Lors du pompage et du brassage, en plus des mesures techniques, toutes les mesures d’ordre organisationnel et personnel sont à prendre. Lors de l’accident, lorsque la croûte du lisier a été rompue, une forte quantité de gaz a été libérée simultanément, ce qui a formé une sorte de nuage gazeux à proximité de la grille. Il est fort probable que la vache qui a chuté, ait été victime des gaz. Ce serait également pour cette raison que l’apprenti a été instantanément intoxiqué. Le fait que l’agriculteur n’ait pas été intoxiqué directement, suppose que le nuage de gaz se soit abaissé quelque peu et que ce soit au moment où ce dernier s’est baissé qu’il a été intoxiqué.
Il est donc important d’évacuer les zones dangereuses durant le brassage et le pompage et d’éviter d’y intervenir. Par zones dangereuses, on entend les zones à proximité des ouvertures des fosses (dévaloir en contact direct avec la fosse) ainsi que lorsque des caillebottis se trouvent à l’intérieur d’un bâtiment en grande partie fermé. Un brassage régulier dans un bâtiment aéré en permanence présente sensiblement moins de risques qu’un brassage peu fréquent.

On s’aperçoit ainsi que tous les paramètres étaient réunis pour atteindre de hautes concentrations gazeuses. Le cumul de tous ces paramètres a clairement conduit à l’accident, dont les conséquences auraient pu être extrêmement tragiques. Il s’agit à présent d’éviter que ce genre d’accident ne se reproduise à l’avenir. Les mesures d’ordre technique, organisationnel et personnel permettent de maîtriser au mieux les risques. Et pour conclure sur des propos de l’agriculteur touché : « Attention, cela n’arrive pas forcément qu’aux autres ! ».


Les conséquences de l’accident auraient pu être extrêmement tragiques. Même les secours professionnels ont eu des difficultés à comprendre que les gaz étaient à l’origine de l’accident.

 

 

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