Recommandations importantes
Les vendanges et les ensilages sont pratiquement terminés. Les fermentations battent leur plein. Il est temps de reformuler les recommandations d'usage pour que le gaz carbonique (CO2) produit au cours de ces fermentations n'engendre pas de nouveau cas d'accident grave, tant à la cave qu'à la ferme. En effet, 2 morts en Suisse romande cette année, des cas dans le reste de la Suisse où le pire a été évité nous montrent que les dangers de ce gaz s'oublient avec la routine ou pire, sont sous-estimés par des professionnels pourtant bien qualifiés.

Le CO2, c'est quoi?
Le gaz carbonique (ou dioxyde de carbone) est 1,5 fois plus lourd que l'air, incolore, inodore et mortel. Certains pensent qu'on peut le sentir. Or, ce qu'on sent, ce sont des molécules aromatiques qui accompagnent la fermentation, sans pour autant indiquer qu'il y a ou non du CO2. A moins d'être équipé d'un appareil de détection coûteux et exigeant quant à son utilisation et son entretien, il n'y a pas de moyen fiable de mesurer la présence de ce gaz. Le «test de la bougie» s'avère dangereux car la bougie brûle encore à des concentrations déjà mortelles!

Effets du CO2
Le CO2 est mortel par asphyxie dès une concentration de 6%. A plus faibles concentrations, il provoque des maux de tête, des étourdissements, des syncopes. Comme il est plus lourd que l’air, il forme une nappe dont la concentration augmente en se rapprochant du sol. Il suffit parfois d'en respirer une petite quantité mais suffisante pour engendrer une syncope et tomber dans cette nappe concentrée; à cet endroit, la mort est alors quasiment inévitable.

Le cas des caves Ventilation forcée ou naturelle?
La ventilation naturelle d’une cave enterrée ou semi enterrée est impossible; une ventilation forcée est donc absolument nécessaire. Pour une cave de plain-pied, on peut se contenter de prévoir des ouvertures suffisantes pour aérer naturellement (ouverture des portes); cependant, en cas de caves de plain-pied mais profondes, il s’avère parfois que l’aération naturelle soit insuffisante, si bien qu’on y installe aussi une ventilation forcée.

Ventilation forcée: comment?
Il faut préférer l’aspiration que le refoulement car dans ce premier cas, on contrôle mieux la sortie du gaz, alors que dans le second, il en résulte souvent un brassage de l’air qui peut s’avérer dangereux. Cette aspiration doit se faire à la source, au point bas de la cave ou cuve par cuve; mieux: combiner les deux! Une entrée suffisante d’air frais doit être assurée et la sortie des gaz doit se faire en lieu sûr (distance suffisante des portes, fenêtres, ventilateurs et pas dans un lieu de passage). L’enclenchement de l'installation doit pouvoir se faire à l’extérieur de la zone dangereuse. On peut prévoir un système d’enclenchement automatique couplé à la détection du gaz par des capteurs judicieusement posés (entre 0 et 1 m du sol). On peut coupler ces détecteurs à une alarme sonore et visuelle. Le dimensionnement de la ventilation est fonction du volume de la cave et du volume encavé, sachant qu'un litre de moût produit au max. 50 l de CO2 (répartis entre les fermentations alcoolique, malo-lactique et post-fermentations de dépôts en fond de cuve) et que la concentration dans la cave ne doit pas dépasser la VME (Valeur moyenne limite d’exposition), qui est de 5000 ppm (5000 ml/m3 ou 9000 mg/m3) pour le CO2.

Le cas des silos tours
Le CO2 pas le seul dangereux!
Des gaz nitreux (NOx) peuvent également se former dans un silo tour. Aussi plus lourds que l'air, ils sont irritants et mortels, de couleur brun-rouille; cette couleur est indicatrice d’une concentration mortelle. Les NOx ont une odeur piquante. Ils provoquent des irritations immédiates des yeux, du nez et de la gorge. Après-coup, des difficultés respiratoires apparaissent et nécessitent des soins immédiats. Ils peuvent provoquer un oedème pulmonaire et la mort. Le plus sûr, c'est de ne jamais les respirer!

Une règle à ne jamais déroger!
Très peu de temps après le remplissage d’un silo, on peut déjà constater de dangereuses concentrations, tant en CO2 qu'en NOx. Il faut donc partir du principe suivant: il y a toujours un risque et il faut toujours aérer/ventiler! Il ne faut jamais déroger à cette règle si on veut entrer dans un silo, ceci dès l’ensilage, avant tout remplissage complémentaire, avant chaque manipulation de la presse à eau, avant le premier prélèvement et, s’il y a post-fermentation, durant toute la période d’utilisation.

Comment entrer dans un silo?

  • Ouvrir toutes les ouvertures latérales qu'il est possible d'ouvrir (déverrouiller la porte, monter au-dessus d'elle et l'ouvrir complètement du pied).
  • Continuer de monter et ouvrir le couvercle supérieur.
  • Attendre suffisamment longtemps.
  • Si on n'effectue pas la procédure en montant ou qu'on attend trop longtemps avant de monter, on risque une douche de CO2 qui peut s'avérer dangereuse (syncope, chute de l'échelle…).
  • Si les portes s’ouvrent à l’intérieur, il faut absolument ventiler mécaniquement (souffleur, ensileuse, ventilateur…).
  • S’il reste un espace fermé entre l’ensilage et la première porte ouverte, il faut absolument ventiler mécaniquement.
  • Si le silo n’est pas équipé de portes ou si les portes sont trop éloignées l’une de l’autre, il faut absolument ventiler mécaniquement.

 

Le cas d'urgence

Que faire?

  • Alarmer d’abord les pompiers (118)!
  • Aérer ensuite le lieu de l’accident (ne pas se mettre soi-même en danger)!
    • Sauver enfin mais jamais en étant seul (au moins deux personnes pour assurer le sauveteur)!

  • Équipement nécessaire

    • Un autocollant «Attention gaz» sur chaque silo et sur chaque accès à la cave.
    • Du matériel de sauvetage à proximité des caves et des silos (harnais, cordes suffisamment longues, masque isolant à air frais ou air comprimé).